projection 00 /

Sfar ou le montage à main levé.

image, interaction

Pas de Commentaires


Partagez cette Note

A propos du film Gainsbourg (Vie héroïque), johann Sfar le réalisateur dit ceci :
« En bande dessinée je dessine une image après l’autre, Là je fais des storyboards solaires, pour le film, c’est à dire que je dessine le plan qui me tient le plus à coeur et les autres autour, sans ordre, sur la même double page, et je sais qu’on va les tourner dans leur ordre d’importance et que le montage apportera une nouvelle écriture. Tout ça est absolument nouveau pour moi et je suis certain que ça va modifier en profondeur ma narration. »

C’est passionnant d’entendre ça, un monteur qui travaille avec quelqu’un qui communique par le dessin, qui plus est pas le biais de la bande dessiné, univers déjà très cinématographique. Faire un travail de réécriture à partir de storyboard, d’ouvrir la narration qu’il n’a pas voulu figé si je comprend bien, ça ouvre de belles perspective de création.
Comment fait on pour bousculer l’ordre établi? là il ne s’agit pas d’une dessin animé même si on va en trouver au cours de l’histoire, des mélanges entre film classique et animation, à la manière des films de gondry,  le dessin animé permet rarement l’improvisation, dans le sens de changement structurels, radicaux, en cours de productions, car tout plan néccessite d’être réalisé image par image.
Va t’il ouvrir d’autre champs de possible en offrant un dessins tres vif, tres réactifs pour se permettre cela?
ou bien l’écriture propre au montage, va l’inspirer dans ces bandes dessinées futures? ou bien encore va t’il se servir de son écriture propre à lui et à la bande dessinée pour établir des voies, des tests dans le montage avec des « images clés », des image secondaire et jouer avec.
Lors du dernier documentaire que j’ai fait avec le réalisateur cédric Schiltz, on a procédé d’une manière similaire, à partir de « mots-scènes clé », on devait en avoir près d’une cinquantaine que l’on avait punaisé sur un mur, et on avancer comme ça en faisant des hypothèses, des voies de garages, des superpositions. Ca nous permettais la même force que l’esquisse, on établi le champs des possibles, on ne s’interdit rien, on se permet le droit a l’erreur à l’incongruité de manière plus libre.
Et puis ensuite on va le chercher dans le montage voir si ça tient la route, si on garde, on avance ainsi vite, sans se contraindre par la technique,s’orienter sur le détail, le raccord,  le cadre, les respirations, etc…Ensuite on visionne l’intégralité et on voit si ça tient ou pas, sinon on recommence.
9a m’a permit à moi aussi en temps que monteur d’avoir une image mentale visible de ce que le réalisateur projette, un terrain de jeu commun.
En attendant de voir le film de johann Sfar, son blog permet de mieux cerner la réflexion de cet homme à la tête de citron.

A voir aussi, la bande dessinée du tournage faite par mathieu sapin, tres : « Sfar’s mood »

Joann sfar nous parle de son film sur Gainsbourg – kewego
Le dessinateur de BD devient réalisateur. Pour son premier film, il s’attaque à un héros de son enfance. Le Figaro.fr vous présente en avant-première les images de la métamorphose de l’acteur Eric Elmosnino…en Serge Gainsbourg. .

En lire +

composition à 4 mains : claire/maria/burger/amachoukeli

interaction

Pas de Commentaires


Partagez cette Note

Dans la cadre d’une rencontre organisée par le 104, j’ai pu discuter quelques heures avec deux réalisatrices : Claire Burger et Maria Amachoukeli, en cours de montage d’un court métrage au titre provisoire  » c’est gratuit pour le fille ».
Elles se sont rencontrées à la Femis où l’une et l’autre y faisaient leurs études. Claire Burger dans la section montage, Maria Amachoukeli en tant que scénariste.
Aujourd’hui elles écrivent à 4 mains, un travail d’écriture assez particulier, le plus ouvert possible.
Elles laissent 3 temps d’écritures qui jouent chacun sur un pied d’égalité.
- le temps du scénario : travail assez ouvert qu’elles font à deux, par aller retour. Je pense là au travail des frères Dardenne qu’il expliquent dans leur livre « Au dos de nos images », quelque chose comme une trame, une partition de jazz.
- Ensuite vient le temps de l’écriture lors du tournage, travaillant par choix avec des acteurs non professionnel, des adolescents dans le cas présent.
Elles proposent des situations, où les acteurs doivent s’exprimer. L’écrit s’affine au cours du jeu et se modifie grâce à la discussion entre les acteurs et les réalisateurs.
Cela leur permet de jouer sur deux fronts, de faire se rencontrer la frontière entre le « documentaire » et la « fiction ».
A ce moment la prise de risque s’accentue, la direction d’acteur ne peut pas s’établir de la même manière que pour un acteur professionnel.
Les frères Dardenne ou bien Abdelatif Kechich, se sont penchés sur les mêmes procédés. Pour autant, leur personnage principal est toujours une évidence, soit c’est un acteur qui porte le rôle, soit c’est un personne qui se dépasse, « plus grand que nature ».
- Enfin l’écriture propre au montage. Elles ne s’interdisent rien,elles se laissent une grande liberté, plusieurs choix d’histoires sont possibles, elles sont prêtes à faire disparaitre un personnage s’il le faut. Par contre on arrive à la fin du processus créatif, il va donc falloir faire des choix, la multiplicité des possibles c’est faite exponentielle, puisque les réécritures ont été constantes.
On a affaire là à une œuvre ouverte, avec ses périls. Comment tenir le cap? Il faut un capitaine et nous avons deux marins au long cours, il faut une histoire et elle ont ont plus de dix, il leur faut un personnage qui émerge et elles en ont au moins 4.
Vient l’étape du choix donc, elle ne sont pas à leurs premières danses, puisque leur premier essai c’est transformé avec succès : « Forbach » à été primé dans de multiple festivals.
Au cours de cette rencontre, elles nous montrent une scène montée de deux manières différentes, et nous font part de leurs interrogations de départ sur la scène en elle même puis sur l’écriture globale. J’ai été impressionné par leur ouverture d’esprit, leur aptitude à entendre des regards d’inconnus, a écouter des propositions, à laisser la possibilité d’émettre des opinions divergentes concernant leur projet. C’est un phénomène plutôt rare dans la création, j’ai l’impression d’assister à la transposition au cinéma de principes apparus au début des années soixante dans le théâtre et la danse, avec des gens comme Peter Brook, qui ont fait participer le public dans le processus de création.
Je pense aussi à la création multimédia avec des œuvres interactives, où la place du public est prépondérante, voir à ce sujet l’interview d’étienne Mineur.

J’assiste là à une volonté diffuse de faire des films autrement, de bousculer une hiérarchie bien en place,
J’assiste aussi à quelque chose de profondément généreux, la position du réalisateur-auteur devient plus flou,
Reste à savoir comment on se recentre lorsqu’on a autant ouvert, quelle part de sentiment profond, sourd et personnel peut-on conserver?
Il ne reste plus qu’à le voir pour le croire.

En lire +